l'expression de la colère.

trouvé sur le web

le 15/12/2006 à 21h44
Cher Jean-Pierre,

Depuis le 21 Avril 2002 vous vous êtes époumoné à
faire entendre que votre candidature d'alors ne fût
pour rien dans l'éviction de L Jospin. Aujourd'hui
vous cherchez à nous convaincre que votre soudain
ralliement à S Royal est destiné à éviter une nouvelle
déconvenue en 2007. Ce qui revient à nous raconter,
dans une totale contradiction, la fable selon laquelle
votre présence au premier tour en 2007 pourrait
provoquer le retour d'un événement pour lequel vous
n'avez cessé de clamer ( à juste titre) ne porter
aucune responsabilité. Comprenne qui pourra !

Vous récusez le terme de ralliement, vous préférez
celui d'union, je vous épargne celui de reniement,
pourtant :

Déjà, vous, l'ardent promoteur de l'école laïque et
républicaine acceptez l'idée d'un démentèlement de la
carte scolaire au lieu d'exiger les moyens de son
non-contournement et la disparition des collèges
ghettos.

Désormais, l'intransigeant défenseur que vous fûtes de
la prééminence de la langue française, fera cause
commune avec Jack Lang, fervent soutien du
développement des écoles ethniques type Diwan en
Bretagne. Vive le grand écart !

De même, pourtant expert de la géo-politique moyen
orientale, vous résolvez-vous à défendre
maladroitement la position intenable de Segolène Royal
sur l'accès de l'Iran au nucléaire civil et vous
taisez-vous pudiquement sur sa quasi approbation de la
construction par Israël de son mur pseudo défensif.

Quand allez-vous demander comme elle l'interdiction
des OGM (et pourquoi pas un moratoire sur le nucléaire
?) et laisser le boulevard de la recherche aux
Anglo-Saxons ?

Vous voir aujourd'hui aux côtés de celle qui défend le
bilan de Tony Blair - le plus grand trafiquant de
statistiques sur le chômage et le plus fidèle
supporter du fanatique Bush - provoque une terrible
désillusion chez ceux (dont je suis) qui vous ont
suivi, y compris dans le mauvais temps politique.

Je me souviens qu'on vous reprochait une langue trop
châtiée assortie d'un vocabulaire accessible seulement
aux bac + 5, vous voici descendu au niveau d'une
sémantique moins exigeante qui recommande d'utiliser
l'expression "vie chère" au prétexte que les français
ne comprendraient pas le sens de "pouvoir d'achat" !

Vous qui étiez un éclaireur - sur l'Irak, sur la
montée des communautarismes, sur la dérive de la
construction européenne, sur l'effacement des
états-nations, sur les dangers d'une immigration
libre, sur la menace d'une décentralisation effrenée
etc...- vous voici suiveur derrière celle qui,
elle-même, suit "les gens", ces fameux nouveaux
experts.

Où est le Chevènement qui m'a enthousiasmé jadis lors
de son discours de Vincennes et m'a conduit à adhérer
à un parti politique pour la première fois de ma vie à
53 ans ?

Le chiffon de papier que vous agitez en le nommant
accord politique avec le PS ne peut faire illusion.
Vous qui alliez contre les vents dominants, contre la
pensée unique, contre le verrouillage de la vie
politique, avez choisi la mer calme du consensus mou
et, comme vous l'avez avoué ce matin sur France Inter
: vous n'avez plus rien contre le bi-partisme à
l'Anglo-saxonne ! J'ai cru rêver en entendant cela
dans votre bouche autrefois si virulente contre les
deux grands partis qui, selon vous à l'époque,
"tentaient d'étouffer la différence".

Vos efforts pour faire comprendre votre volte-face
seront vains car pour qui vous connaît, vous a écouté,
vous a lu, vous a suivi, vous a admiré (j'ose le verbe
!) vous êtes l'anti-thèse de Ségolène Royal !

Votre calcul est bon : vous survivrez politiquement,
vous y avez mis le prix.

Celui du PS est mauvais : vos électeurs passés, dans
leur grande majorité, ne voteront pas pour Ségolène
Royal : ils n'ont rien à perdre, eux...

Croyez, cher Jean-Pierre, à ma très grande et très
douloureuse déception.

Jackie Guigo

Informations Ouvrières n767

le 04/11/2006 à 19h31

Les aléas de la démocratie participative

Dans le débat actuel, il apparait que Mme Royal abat ses cartes et découvre progressivement l'idéologie qui la porte.

Après le syndicalisme obligatoire, de fâcheuse mémoire, l'ordre juste, l'accompagnement militaire dans la rééducation, etc., Mme Royal en appelle directement au peuple, en proposant, le 22 octobre dernier, l'instauration de jurys citoyens tirés au sort, destinés à surveiller l'action des élus à tous les niveaux, mairies, conseils généraux et régionaux, Assemblée nationale, Sénat et Conseil des ministres. La présidence de la république échappe à la suspicion populaire. Mme Royal ménage ainsi son avenir éventuel.

Les élus, au nombre de 500 000, seraient donc tenus de rendre compte à des jurys tirés au sort.

Ces conseils populaires, qui nous rappellent de bien mauvais souvenirs, au nom du populisme, sont le reflet d'un antiparlementarisme qui hantait l'extrême droite d'avant guerre, en appelant constamment au jugement du peuple contre la "démocrassouille".

Un tel système pourrait d'ailleurs être étendu à l'ensemble des échelons de la société.

On parle aujourd'hui de mesurer la représentativité syndicale par le truchement d'un système d'élection où tous les salariés, syndiqués ou non, seraient appelés à se prononcer.

En appliquant la méthode Royal, on peut imaginer la mise en place de "jurys de salariés" déstinés à juger de l'action des responsables syndicaux.

Et là, les "syndiqués" n'ont plus la parole, pas plus que les instances statutaires issues de la "démocratie syndicale".

Jurys populaires ou citoyens, comités populaires, gardes rouges ou blancs, le fil est ténu, où la pente tragique conduit vers l'abîme du totalitarisme.

En ce qui me concerne, le suffrage universel, le compte rendu de mandat sont toujours la base de la démocratie politique, gardienne des valeurs universelles de la République.

A. G.

lu dans le Figaro

le 29/08/2006 à 18h58



29 août 2006


La Cour des comptes très critique sur les exonérations patronales


Le dispositif d'exonération de cotisations sociales patronales mis en place depuis 1993 est coûteux, « incontrôlé » et manque d'évaluation quant à ses effets sur l'emploi, ce qui mérite qu'on s'interroge sur sa pérennité, critique la Cour des comptes dans un rapport destiné à la commission des finances de l'Assemblée nationale.
 
Passant en revue la politique d'allégements de charges depuis 1993, le document critique la multiplication des mesures d'exonérations. « Ainsi depuis le 1er janvier 2005, 36 mesures nouvelles ont été envisagées, dont 17 sans même que le ministère en charge de la Sécurité sociale en soit informé (...) ou bien à un stade très tardif », souligne le rapport, dévoilé par Les Echos et l'AFP. Pour la Cour, « ces diverses mesures » ont été « présentées sans la moindre évaluation ou analyse d'impact », regrette-t-elle. Selon la Cour, présidée par Philippe Seguin, il s'agit d'« un dispositif incontrôlé », au coût aujourd'hui « très élevé » et à « l'efficacité quantitative (...) trop incertaine pour qu'on ne s'interroge pas sur la pérennité et l'ampleur du dispositif ». Celle-ci relève qu'il y a « à la fois inflation de propositions et absence de maîtrise de la décision conduisant à la création de mesures nouvelles ». L'analyse de la Cour qu'approuve la CFTC s'intéresse aussi bien aux exonérations générales portant sur les bas salaires et à partir de 1996 liées à la RTT, qu'aux dispositifs ciblés de la politique de l'emploi et aux exonérations territoriales.

appel des femmes de nazareth

le 14/07/2006 à 01h58

Appel de femmes palestiniennes de Nazareth et message de Louisa Hanoune, député à l’Assemblée populaire nationale d’Algérie et secrétaire générale du Parti des travailleurs d’Algérie.



Depuis le début août 2005, l’organisation de défense des droits des travailleurs arabes à l’intérieur de l’Etat d’Israël, Sawt el-Amel (La voix du travailleur), dont le siège est à Nazareth, a pris l’initiative d’une campagne publique et de manifestations contre la mise en oeuvre du plan du gouvernement israélien appelé « Wisconsin ».


Le plan « Wisconsin » ne crée aucun nouvel emploi. Il vise à exclure des milliers de chômeurs de leurs droits aux allocations en les plaçant sur n’importe quel poste de travail.

A Nazareth, il affecte en majorité les femmes palestiniennes. En 2002, elles représentaient plus de 15% de la population féminine en âge de travailler dans l’Etat d’Israël mais n’occupaient que 5% des emplois féminins. Elles constituent la partie la plus exploitée et opprimée des travailleurs victimes du plan « Wisconsin ».

La femme arabe est la principale victime de l’application du plan « Wisconsin » parmi les chômeurs.
Comment est-il possible de traiter des femmes de la sorte ?

Le 6 janvier dernier les policiers israéliens ont utilisé la violence contre la manifestation appelée par l’organisation Sawt el-Amel. Elle se déroulait pourtant dans le calme. Un manifestant, qui est intervenu pour empêcher qu’une femme ne soit battue par les policiers, a été lui-même roué de coups et arrêté par la police.

La compagnie privée Agam Mehalev, chargée d’appliquer le plan « Wisconsin » à Nazareth a annulé le droit aux allocations de chacune des femmes chômeuses qui avait participé à cette manifestation. Non seulement elle exclut les femmes chômeuses de tout emploi mais elle use de manoeuvres et de subterfuges pour supprimer leurs allocations de survie. Elle les plonge ainsi dans la misère la plus extrême. Par delà les opinions de chacun, qui peut accepter des traitements aussi inhumains ?

Le 8 mars 2006, plus de 300 femmes palestiniennes manifestaient à l’appel de l’organisation Sawt el-Amel à l’occasion de la journée internationale des femmes. Elles agitaient des drapeaux noirs et des portraits de Kheir Khaleile, un jeune ouvrier palestinien, première victime du plan « Wisconsin », décédé le 3 mars. Kheir Khaleile souffrait de graves problèmes de santé. Les travailleurs étaient confinés, huit heures durant, dans des conditions insupportables. Il avait supplié la compagnie Agam Mehalev de le laisser partir. En vain. Peu après, en revenant chez lui, Il s’est effondré, mort.

Nous sommes des femmes travailleuses palestiniennes, nous avons le droit de vivre et de travailler dans notre pays, et d’y élever nos enfants dans la dignité.

Nous exigeons le respect de nos droits et l’arrêt des discriminations raciales et sexuelles.
C’est une question de démocratie !


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MESSAGE DE LOUISA HANOUNE
AU COMITE DE REDACTION DE LA REVUE DIALOGUE

Chers amis,

Je vous communique l’information suivante : en ma qualité de député à l’Assemblée populaire nationale d’Algérie, et de secrétaire générale du Parti des travailleurs, signataire de l’appel des femmes travailleuses palestiniennes de la ville de Nazareth que la revue Dialogue a diffusé, j’ai proposé aux autorités de mon pays l’organisation à Alger d’une conférence internationale en solidarité avec les femmes palestiniennes.

Le président de la République et le président de l’Assemblée nationale ont donné leur accord officiel. La conférence aura lieu à l’Assemblée nationale, dans le courant du mois de novembre.

Chers amis, parce qu’elle intervient dans un contexte particulièrement tragique pour le peuple palestinien, je voudrais vous signaler l’importance que mon pays accorde à cette initiative, et dont témoigne le large et favorable écho qu’elle rencontre. Mais je suis convaincue que pas un démocrate, pas un militant ouvrier ne saurait rester indifférent, dans quelque pays que ce soit, devant les pratiques discriminatoires dont sont victimes les femmes travailleuses palestiniennes.

Et qui peut se taire devant les atrocités en cours ?

En tant que femme algérienne, je m’adresse à toutes les femmes dans le monde, à toutes les consciences : ne faut-il pas tout faire pour arrêter l’effusion de sang, pour sauver les vies humaines, sauver tous les peuples de la région du chaos organisé qui les guette ?

L’appel des femmes travailleuses palestiniennes de Nazareth, de par la cruauté du sort qui leur est fait, se suffit à lui-même. Et pourtant, le 3 juillet, elles ont organisé une nouvelle manifestation à l’initiative de l’association Sawt El Amel, devant le siège d’Agam Mehalev, la compagnie chargée par le gouvernement israélien d’appliquer le plan Wisconsin dont elles sont victimes. Les témoignages de chacune des manifestantes sont autant de tragédies familiales, produit de la ségrégation et de l’exploitation sauvage.

En ce moment même, un véritable massacre collectif est perpétré de façon ininterrompue par l’armée israélienne contre le peuple palestinien, déjà affamé depuis des mois, à Gaza et en Cisjordanie, transformées en ghettos et en champs de ruines. Et parmi les dizaines de victimes quotidiennes, nombreux sont les enfants, les bébés.

Un peuple qui a subi l’horreur de la Shoah peut-il accepter ce que fait le gouvernement d’Israël ? Tous les peuples n’ont-ils pas le droit de vivre ?

Ce qui est en cause, c’est l’humanité.

Alors, je m’interroge : quelle solution est-il possible de mettre en œuvre pour arrêter ce bain de sang ? Toute femme, tout homme qui réfléchit à partir de la nécessité de préserver la vie des femmes, des hommes et des enfants en danger de mort, doit nécessairement se poser cette question.

Car peut-on laisser des populations entières se faire exterminer par la famine et les bombes ?

Ce n’est pas moi qui le dit. L’AFP, qui est une agence officielle, rapporte dans ses éditions du 6 juillet les conditions atroces dans lesquelles se débattent les femmes palestiniennes à Gaza pour faire survivre leurs familles, parce qu’en plus des bombardements, l’aide alimentaire se fait de plus en plus rare en conséquence du bouclage total.

« Khan Younès (bande de Gaza) AFP 6 juillet 2006.
Dans la foule compacte qui attend une distribution d’aide alimentaire à Khan Younès, Solfa Hamed joue des coudes, pousse et tente de se frayer un chemin. "Je n’ai peur de rien. Sauf de voir mes onze enfants avoir faim", dit-elle déterminée.
"Je ne m’en irai pas sans mon sac. Mes 11 enfants m’attendent à la maison et mes réserves sont vides", clame-t-elle, des gouttes de sueur perlant sur son visage ridé. Depuis 7 heures, sous un soleil de plomb, elle patiente pour obtenir un colis de denrées de base : cinq kilos de riz, d’huile et de haricots.

Dans la ruelle où se masse la foule, des policiers et des membres d’une force spéciale du ministère de l’Intérieur tentent de la repousser avec leur crosse de fusil. De temps en temps, quand elle se fait trop pressante, des coups de feu sont tirés en l’air.

(…) Après avoir réussi à tendre sa carte d’identité aux bénévoles, Solfa, 47 ans, part souffler à l’ombre d’un arbre. Elle assure n’avoir jamais connu une telle pénurie dans la bande de Gaza, plongée dans une violence chronique et réoccupée partiellement dans le nord par l’armée israélienne. "Même mes enfants les plus petits se sont habitués à vivre avec le bruit des bombes et des tirs. Moi non plus je n’ai pas peur. Que peut-il nous arriver de pire ?"demande-t-elle.
(…) "Dans ma famille, par exemple, personne ne travaille. Ceux qui ont des contrats en Israël ne peuvent plus sortir de la bande de Gaza", ajoute Soraya Aid Soobah, 55 ans, venue chercher l’aide alimentaire en boitant après une fracture à la jambe.
(…) "La situation est terrible. Tout le monde, même les fonctionnaires, ont besoin d’aide", assurent des responsables de la distribution. »
N’est-ce pas un crime que de faire mourir un peuple de la sorte ?

La solution peut-elle résider dans l’écrasement d’un peuple martyrisé depuis 60 ans ? Chacun a le droit d’avoir son opinion propre sur la solution à même de rétablir la paix, de consacrer la démocratie et de garantir les droits humains pour toutes les femmes, tous les hommes et tous les enfants qui vivent sur cette terre, à égalité.

J’ai mon opinion personnelle, qui est le produit de l’histoire de mon pays.

Mais peut-on s’accommoder de l’extermination d’un peuple sous quelque prétexte que ce soit ?

Je lance un appel à toutes les bonnes volontés dans le monde, à toutes les femmes et à tous les hommes épris de paix, pour faire cesser ces massacres, ces destructions massives, pour faire cesser l’immonde chantage par la faim

Chers amis, ce sont là quelques premières réflexions. Je vous propose la publication d’une lettre périodique pour préparer notre conférence internationale.

Je vous tiendrais régulièrement informés des éléments de sa préparation en Algérie, et vous demande d’en informer les signataires de l’appel, et de leur proposer de s’associer à nous.

Je vous adresse mes cordiales salutations.

Louisa Hanoune
Alger, le 15 juillet 2006

Louisa Hanoune est député à l’Assemblée populaire nationale d’Algérie et secrétaire générale du Parti des travailleurs d’Algérie. Elle propose l’organisation à Alger d’une conférence internationale de solidarité avec les femmes palestiniennes.

vu sur le net.

le 08/07/2006 à 19h22
Sur une chanson de Jean Ferrat



Nouvelles d’Arménie magazine
Janvier 2005

 
Extrait de l’interview de Meir Weintrater
Rédacteur en chef de la revue l’Arche

 
… « Je vais vous donner un exemple qui m’a frappé. La chanson « Nuit et brouillard », décrit les victimes des gens qui sont dans des « wagons plombés » et dit :
 
« Ils s’appelaient Jean-Pierre, Natacha ou Samuel,
Certains priaient Jésus, Jéhovah ou Vishnou
D’autres ne priaient pas mais qu’importe le ciel
Ils voulaient simplement ne plus vivre à genoux ».

 
Les deux derniers vers évoquent les résistants, essentiellement les résistants communistes, puisque c’était la mouvance à laquelle appartenait Jean Ferrat. Dans les deux premiers vers, Natacha fait référence à l’Union Soviétique, Jean-Pierre, on comprend aussi. Le seul moment où l’identité juive apparaît est dans Samuel et Jéhovah. Quant à Vishnou, on suppose que c’était pour faire la rime. Aujourd’hui, un tel texte serait attaqué pour négationnisme implicite. Pourtant, je me souviens que j’étais à l’époque très content de cette chanson et ma génération l’a accueillie avec soulagement. On avait le sentiment que l’on reconnaissait quelque chose implicitement même si cela restait très marginal.
 
NAM : Que faut-il en déduire ?

M.W : Que Jean Ferrat lui-même, en tant que Français communisant, et bien que de père juif avait intériorisé la minoration de la persécution des Juifs, alors même que son propre père est mort en camp d’extermination
….



Réponse de Jean Ferrat :



Monsieur,


Je viens de prendre connaissance de votre interview publiée par « Nouvelles d'Arménie
Magazine» de janvier 2005 et ne saurais rester sans réagir à vos déclarations me
concernant et concernant aussi ma chanson: «Nuit et brouillard », car c'est la première
fois depuis 42 ans qu'elle suscite une réaction de cette nature. C'est la première fois
qu'on me reproche, en définitive, de n'avoir pas parlé uniquement de l'extermination
des juifs.
Vous osez le faire. J'ai envie de dire : « Tant pis pour vous », mais je vous rappelle que justement,
«Nuit et brouillard» est dédié à toutes les victimes des camps d'extermination
nazis quelles que soient leurs religions et leurs origines, à tous ceux qui croyaient au ciel
ou n'y croyaient pas et bien sûr, à tous ceux qui résistèrent à la barbarie et en payèrent
le prix.
Que vous puissiez justement, faire un compte dérisoire en regrettant que : «Le seul
moment ou l'identité juive apparaît est dans Samuel et Jéhovah» me paraît
particulièrement indigne. Je ne puis également accepter vos interprétations
tendancieuses qui concernent les résistants que je célèbre et qui seraient, d'après vous, :
« essentiellement communistes ». Je passe sur l'évocation de « Vishnou » que je n'aurais
utilisé que pour la rime alors qu'il symbolisait pour moi toutes les autres croyances
possibles.
Si j'avais aujourd'hui à regretter quelque chose, c'est de n'avoir pas cité les autres
victimes innocentes des nazis, les handicapés, les homosexuels et les Tsiganes.
Mais il est temps, à présent, d'en venir à votre affirmation finale: «Aujourd'hui, un tel
texte (vous parlez, bien entendu, de « Nuit et brouillard ») serait attaqué pour négationnisme
implicite
».
Je me demande par quelle dérive de la pensée on peut en arriver là, et si vos propos ne
relèvent pas simplement de la psychiatrie.

Jean Ferrat



Le texte de "Nuit et brouillard"


Ils étaient vingt et cent, ils étaient des milliers
Nus et maigres, tremblants, dans ces wagons plombés
Qui déchiraient la nuit de leurs ongles battants
Ils étaient des milliers, ils étaient vingt et cent

Ils se croyaient des hommes, n'étaient plus que des nombres
Depuis longtemps leurs dés avaient été jetés
Dès que la main retombe il ne reste qu'une ombre
Ils ne devaient jamais plus revoir un été

La fuite monotone et sans hâte du temps
Survivre encore un jour, une heure, obstinément
Combien de tours de roues, d'arrêts et de départs
Qui n'en finissent pas de distiller l'espoir

Ils s'appelaient Jean-Pierre, Natacha ou Samuel
Certains priaient Jésus, Jéhovah ou Vichnou
D'autres ne priaient pas, mais qu'importe le ciel
Ils voulaient simplement ne plus vivre à genoux

Ils n'arrivaient pas tous à la fin du voyage
Ceux qui sont revenus peuvent-ils être heureux
Ils essaient d'oublier, étonnés qu'à leur âge
Les veines de leurs bras soient devenues si bleues

Les Allemands guettaient du haut des miradors
La lune se taisait comme vous vous taisiez
En regardant au loin, en regardant dehors
Votre chair était tendre à leurs chiens policiers

On me dit à présent que ces mots n'ont plus cours
Qu'il vaut mieux ne chanter que des chansons d'amour
Que le sang sèche vite en entrant dans l'histoire
Et qu'il ne sert à rien de prendre une guitare

Mais qui donc est de taille à pouvoir m'arrêter ?
L'ombre s'est faite humaine, aujourd'hui c'est l'été
Je twisterais les mots s'il fallait les twister
Pour qu'un jour les enfants sachent qui vous étiez

Vous étiez vingt et cent, vous étiez des milliers
Nus et maigres, tremblants, dans ces wagons plombés
Qui déchiriez la nuit de vos ongles battants
Vous étiez des milliers, vous étiez vingt et cent
 

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